La grand-messe du numérique lyonnais (#BlendWebMix) a fait battre le cœur du centre des congrès et le nôtre pendant 2 jours.

Tant à voir et tant à faire. Tant à dire également.

Une journée de conférences en ce qui me concerne, la première en l’occurrence, gonflé par l’adrénaline d’une première participation, dopé au café et à l’amour de son prochain, mais ça c’était avant d’avoir vu la présentation de clôture d’Alibaba (j’y reviendrai).

Après avoir franchi l’enceinte du bâtiment, c’est dans la Salle 3000 et son amphithéâtre que je me retrouve immergé avec une dizaine de minutes de retard (lié à d’affreux problèmes personnels de sens de l’orientation, mais ça je n’y reviendrai pas) à une conférence qui a été, à mon sens, celle qui a tué le game en une heure chrono.

PEEROCRACY : REPRENEZ LE POUVOIR

Cette magistrale keynote d’ouverture d’Aral Balkan pose une problématique très simple : « Sommes-nous encore des humains ou de simples produits ? ».

Son introduction prend le parti de démontrer à grand renfort d’exemples à quel point nos vies sont devenues intimement liées aux données que nous avons partagées tous azimuts sur Internet et plus particulièrement avec Google et Facebook.

Ok, jusque là, rien de transcendant, on enfonce de la porte ouverte.

L’intérêt est justement de prescrire une énorme piqûre de rappel, en réaffirmant notre comportement grégaire et dénué de recul sur l’exploitation de nos données personnelles, mais également en rappelant le jeu qui se joue en toile de fond entre les investisseurs en capital risque et les startupeurs (aka : « je mise sur la valorisation de ta société quand tu revendras et sortiras »).

En proposant une alternative crédible à la corporatocratie numérique (sic) – autrement dit le(s) lobbie(s) représentés par ces sociétés qui exercent un contrôle sur les individus, il propose tout simplement d’agir avec recul et de reprendre notre liberté en main. La piqûre de rappel se mue officiellement en optimisme concentré, rien que ça.

Pas très loin de tutoyer la perfection sur le fond et sur la forme, je ne peux QUE vous recommander de prendre le temps de regarder cette Keynote en entier – no spoil : sachez que la solution est là, sous notre nez et qu’il suffit qu’individuellement, nous franchissions nous-même le rubicon.

Je vous ai dit qu’il fallait vraiment, vraaaaaiment, regarder cette conférence dans son intégralité ? Ok. C’était juste au cas où.

MODÈLES MENTAUX : OBVIOUS STUFF ARE NOT OBVIOUS

Jean-Christophe Paris prend le relai dans l’amphithéâtre, dont le public est visiblement encore bien estomaqué par la précédente conférence, sur une thématique tout aussi intéressante : « Modèles mentaux et design d’interaction ».

Je ne peux pas affirmer avoir appris d’élément nouveau pendant cette conférence mais je peux néanmoins confirmer mon grand intérêt pour les travaux de Jean-Christophe, Docteur en ingénierie des Facteurs Humains, qui a visiblement réalisé un énorme travail documentaire sur la perception, les habitudes, les biais cognitifs dont nous n’avons malheureusement eu qu’un trop rapide aperçu.

C’est le moment de la matinée où cette analogie m’a traversé l’esprit : « Ah mince, c’est comme dans un festival. Y’a des artistes que tu découvres et que t’aimerais entendre + de 45 minutes. »

Ceci dit, je vous invite à regarder sa conférence, avec son anecdote sur l’accident de la gare de Lyon, hyper révélatrice de ce qui semble évident et qui ne l’est absolument pas.

BUZZWORDS : BLOCKCHAIN, IA

J’aime à répéter qu’iI faut connaître le goût du vinaigre pour apprécier celui du miel – et si Aral et Jean-Christophe étaient les valeurs sûres (et sucrées) de ma matinée, force est de reconnaître qu’il n’en n’a pas été de même pour la suite de la journée.

Très rapidement sur la conférence concernant la Blockchain : ça parle d’ICO (Initial Coin Offering – soit une levée de fond via émission d’actifs échangeable contre des cryptomonnaies), de la réintroduction de la confiance comme valeur cardinale (Moui, bien que ce soit très discutable), et de la manière dont tout un chacun pouvait devenir acteur de cette blockchain (Ah !).

J’aurai adoré voir cette présentation assortie d’exemples de blockchains moins évidentes que de la vente de services, de prestations ou de cryptomonnaie, car de l’aveu même de Jean-Charles Cabelguen, la distinction du public entre le Bitcoin et la Blockchain fausse un peu les explications de texte.

Les projets portés par iExec, où Jean-Charles y exerce un rôle de Chief Innovation & Adoption semblent passionnants et les profils alignés dans leur équipe feraient pâlir d’envie tous les acteurs du secteur – je compte donc bien me consacrer à de la documentation additionnelle dans les semaines qui viennent, après être ressorti un peu frustré de la présentation.

(Au passage, je suis toujours autant fasciné par la propension à créer de nouvelles appellations hyper alambiquées pour des métiers – ici Responsable de la Sensibilisation et de l’Innovation.)

Une heure passée en compagnie d’Amélie Cordier et Yoann Long sur l’intelligence artificielle m’a confirmé que les séances de questions réponses improvisées pouvaient être une fausse bonne idée.

Leur niveau de discours et leurs connaissances irréprochables du domaine n’ont pas su supplanter une bonne préparation, bien humaine celle-là, permettant d’avoir un fil conducteur logique.

De la vulgarisation presque trop évidente à la prospective en passant par les réseaux neuronaux, il y a clairement plus qu’un marathon à courir et même si leurs interventions ont toujours été éclairantes, elles ont surtout été décousues par l’interaction avec le public.

Mais bon, « Festival, concert, artiste » me suis-je répété, tout en ajoutant à ma réflexion « Ce serait trop drôle que des groupes viennent sur scène sans setlist, en demandant au public : On vous joue quoi ? »

ALIBABA : BLACK MIRROR IS THE NEW BLACK

On en vient au parangon du désespoir.

Le matin, Aral Balkan faisait figure de Jedi du numérique et le soir, l’Empire s’abattait sur l’amphithéâtre.

J’avoue avoir innocemment cru qu’Alibaba faisait partie de ces sociétés à très forte croissance en Chine sur un marché où le numérique soutenait une expérience utilisateur éthi… Non je plaisante. Oubliez l’éthique. Oubliez la croissance.

Nous sommes dans un monde d’hyper-croissance.

Vous. Êtes. Un. Consommateur.

En une demi-douzaine de vidéos, Alibaba explique avec une musique folk entraînante et un sosie de Ron Howard hyper souriant et enjoué à quel point ils sont devenus hégémoniques.

Avec des magasins hyper connectés où des centaines de milliers de livreurs se plient en 12 pour satisfaire les exigences de con-som-ma-teurs qui ne daignent pas porter leurs courses. Avec des distributeurs de voitures (de vraies voitures !) en pleine rue, comme pour les bonbons de votre marchand de journaux. Avec des programmes interactifs qui vous permettent de scanner votre télé et d’acheter les vêtements portés par les mannequins. Avec des enfants de 2 ans qui secouent des téléphones pour obtenir des coupons pour leur marque favorite. Avec des files de circulation destinées uniquement aux gens qui ont les yeux rivés sur leur téléphone. Avec Starbucks, qui avoue à demi-mot « avoir contracté avec le seul acteur en Chine qui leur permettait d’atteindre rapidement le marché » pour livrer des cafés à votre domicile ou à votre bureau. Avec une banque, un moyen de règlement, un programme de fidélité et à peu près toutes les informations personnelles qui leur permettent de prendre le contrôle intégral de vos moindres faits et gestes.

Je me rappelle m’être tourné vers mon voisin de gauche, Sylvain, qui m’a simplement dit : « mais c’est Black Mirror, là. »

Totalement.

On regarde Black Mirror, cette géniale série d’anticipation/science-fiction en frissonnant à l’idée qu’un pouième des idées des scénaristes puisse un jour devenir une norme, mais la vérité, c’est qu’Alibaba fait tout, absolument tout pour vous n’ayez pas le temps de vous rendre compte que vous êtes déjà dedans.

Grosse prise de conscience.

« C’est déjà là »

Moi qui porte depuis toujours – avec une détermination non naïve – la conviction d’une transformation digitale éthique, respectueuse de l’individu, de son travail, de son quotidien ; à son service en somme, j’avoue être pris d’un petit vertige.

Il y avait les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) opposés aux BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi), mais sincèrement le vent est en train de tourner beaucoup plus vite que je ne le pensais.

Laura Pho Duc, Directrice du marketing et de la communication d’Alibaba France, est venue faire l’article sur les consommateurs chinois et en toile de fond, sans jamais le dire à haute voix, nous dire à quel point Alibaba est déjà incontournable pour développer le business local.

Je repars fort d’une nouvelle conviction sur la distinction Black Hat/White Hat : ils s’appliquent à tous les domaines du numérique, et j’ai définitivement choisi mon camp.

Spoiler alert : Peerocracy.

TL;DR

Reprenez le contrôle de vos données personnelles et ne soyez pas un presse-bouton.

Respirez posément : vous pouvez changer les choses et cela ne tient qu’à vos initiatives individuelles.