Parmi les conférences auxquelles j’ai pu assister lors du Blend Web Mix début novembre 2016, j’ai particulièrement été interpellé par celle de Stéphane Cruchon sur le « design sprint ».

>> Voir notre article sur le Blend Web Mix 2016

La notion de sprint en développement est devenue populaire grâce à la célèbre méthode Agile. Toutefois, dans le monde du design, on peut se permettre d’être intrigués.

Qu’est-ce que le design sprint ?

Cette méthodologie novatrice a été initiée par les UX designers de GV (anciennement Google Ventures), avec l’objectif audacieux de simplifier et accélérer le processus de design d’un produit digital.

Logo du fonds d’investissements GV

De nombreuses startups cherchent à élaborer un MVP (Minimum Valable Product) et utilisent les retours du marché pour déterminer si ce produit a de l’avenir.

Prenons l’exemple d’un entrepreneur qui veut lancer son application mobile. Éventuellement accompagné de son CTO il va devoir faire des choix stratégiques et rigoureux pour mettre en place la – complexe – architecture pour le développement de l’application. Il faudra également recruter un ou plusieurs développeurs, mandater une équipe marketing et missionner un designer, parfois externe, qui n’aura que peu de contact avec le créateur original et son idée.

Tout cela résulte en de très nombreux allers-retours et même si un fonctionnement en méthode Agile permet d’éviter les mauvaises surprises, la perte de temps et le manque de structuration de ce fonctionnement peut être très chronophage. Tout cela une fois de plus, afin d’avoir les premiers retours du marché donc aucun ROI garanti.

Le design sprint vise à court-circuiter le cycle traditionnel de développement de la sorte :

Ainsi, on passe de l’idée au retour utilisateur pour avoir une première idée concrète de son produit et sa perception sur le marché.

Le design sprint vous promet donc un prototype fonctionnel en 5 jours seulement :

  • Lundi

Il s’agit de commencer par la fin : se mettre d’accord sur un objectif long terme, puis faire une carte du challenge. Ensuite, demander aux experts de partager leurs connaissances et enfin définir une cible : une partie ambitieuse et réalisable en une semaine du problème.

  • Mardi

Après avoir pris le temps de comprendre le problème et fixer l’objectif, il est temps de passer à la solution. Pour s’inspirer, la journée commence avec une revue des idées existantes, qu’il ne faut pas hésiter à mixer et améliorer. L’après-midi, chaque personne va dessiner en se focalisant sur l’aspect design thinking et non artistique. Il faut aussi commencer le recrutement de clients qui vont tester le produit le vendredi.

  • Mercredi

À ce stade l’équipe aura un vaste choix de solutions, ce qui est bien mais aussi embêtant : tout n’est pas prototypable dans les temps. L’objectif de la matinée est donc de critiquer toutes les solutions et retenir les plus pertinentes pour atteindre l’objectif. L’après-midi, les sketches seront transformés en storyboard (un plan étape par étape pour réaliser le prototype).

  • Jeudi

Il s’agit de passer du storyboard au prototype. Tout ce qui est nécessaire est essentiellement du « front-end » : c’est tout ce que le client va voir lors du Vendredi. Il faut donc créer une façade réaliste et ne pas perdre un temps précieux à se soucier de l’architecture technique derrière. Rappelez-vous qu’il faut un prototype cliquable, votre client n’est pas obligé de connaître la magie derrière… Profitez de la fin de journée pour revoir votre prototype, confirmer les rendez-vous du Vendredi, écrire les questions de votre interview avec les utilisateurs.

  • Vendredi

« Big day ». La semaine a commencé avec un challenge ambitieux et une équipe experte. Après un brainstorming efficace, le sketch de votre solution et la réalisation d’un prototype réaliste, vous pourriez vous arrêter là et vous auto-congratuler de cette semaine extrêmement productive. Mais il faut aller encore plus loin, à l’étape critique qui donne à ce sprint tout son sens : regardez les utilisateurs réagir face à votre prototype, écoutez leurs remarques et apprenez de ces retours. À la fin de la journée, vous saurez jusqu’où vous devez aller et ce qu’il vous reste à faire.

L’idée de passer de plusieurs mois de travail à 5 jours seulement peut faire bondir mais elle est bien réelle. Dans le meilleur des cas, le prototype est bien accueilli et d’autres sprints peuvent être organisés pour l’améliorer. À l’inverse, s’il s’avère que le produit n’a pas d’avenir sur le marché cela permet d’éviter d’aller droit dans le mur.

À qui s’adresse le design sprint ?

Cette méthodologie trouve évidemment sa place au sein des startups mais pas uniquement. En effet, les entreprises de toutes tailles y compris les grands groupent peuvent l’adopter.

Le design sprint a été utilisé pour la célèbre application de messagerie en entreprise Slack

L’une des clés du design sprint réside dans le fait que la semaine de sprint rassemble tous les acteurs : CEO, designer, experts techniques, marketing…

Cela permet aux entrepreneurs/directeurs de projets de réaliser une considérable économie de temps, d’argent mais aussi de rassurer les investisseurs avec un prototype réaliste, des premiers retours d’utilisateurs réels bref, de maximiser son ROI.

Conclusion

Je vous ai partagé ce que j’ai retenu de l’excellente conférence de Stéphane Cruchon au Blend Web Mix.

Je ne saurais que vous recommander d’aller plus loin en achetant l’ouvrage officiel de Jake Knapp, star du design chez GV.

Et vous, êtes-vous prêts à sprinter ?

Hugo R. – ingénieur PEAKS