Deux jours de conférences, de découvertes et d’échanges pour tous et sur tous les sujets autour du Web. Cette objectivité et diversité lui permettent de proposer durant la première journée deux conférences diamétralement opposées.

La première conférence d’Arak Balkan sur le thème de la Peerocratie couvre habilement la propriété des données personnelles et leurs utilisations dans notre société. Le speaker maîtrise son sujet avec brio. Il explique et dénonce le capitalisme des données de notre ère et ne manque pas de le lier à la grande question de la croissance exponentielle de notre société. Il utilise beaucoup d’exemples pour illustrer son propos et explore avec nous des solutions pour sortir de cette spirale : la peerocracie, un modèle de société plus juste et plus éthique.

La journée commence donc avec des rêves de société utopique. Faible espoir cependant pour cette humanité qui ajuste tranquillement ses lunettes pour apercevoir le mur vers lequel elle se dirige.

Après une journée de conférences, la faim commence à se faire sentir lorsque débute la conférence de clôture de ce premier jour de Blend.

Et là, c’est le drame.

Cette conférence présentée par Laura Pho Duc nous propulse dans les innovations mises en place par Ali Baba dans le marché Chinois et écrase sans pitié ni empathie nos rêves et nos espoirs, tel un rouleau compresseur géant lancé en pleine vitesse. On nous expose des chiffres démesurés qui n’ont plus aucun sens, des spots publicitaires de propagande pour une société de consommation sans limite et une croissance exponentielle parfaitement assumée. Le vocabulaire ne trompe pas : les « humains » au centre de la conférence du matin sont devenus les « consommateurs » de la présentation du soir.

C’est l’heure de l’apéro et on se relève tant bien que mal de cette chute vertigineuse, voyant s’étaler devant nous deux futurs possibles pour notre société.

Spoiler alert : l’un d’eux voit le mur et cherche des solutions pour freiner ; l’autre l’ignore et appuie sur l’accélérateur. Prenons un peu de recul sur le tout.

Pourquoi un tel électrochoc ?

Les échanges post conférence ne trompent pas : on est tombé de haut, et ça donne un coup de jus. La présentation d’Ali Baba démontre des concepts impressionnants en termes de technique, de marketing et de service. De quoi faire briller des étoiles dans les yeux de n’importe quel e-commerçant. Sauf que ce n’est finalement « que » la même chose qu’Amazon, juste en plus grand, plus fort. Ali Baba est surprenant pour nous européens car ils font ce qu’ils veulent dans un marché plus flexible, plus grand et moins réglementé. Mais est-ce normal d’être choqué par Ali Baba et de participer naïvement au business d’Amazon ? La vision du capitalisme ici démontrée n’est pas si inconnue et ne devrait donc pas vraiment surprendre, si ce n’est dans sa dimension exponentielle.

Qu’est-ce qu’Ali Baba, Amazon, ou d’autres similaires apportent à notre société

Ali Baba l’assume totalement : du CA pour elle et des produits toujours plus ciblés et accessibles pour les consommateurs. Un objectif facilement transposable à d’autres entreprises/business dans une société capitaliste.

Il est facile de pointer du doigt Ali Baba (et d’autres) car son impact est démesuré et dépasse de loin notre personne. On peut par ailleurs parler d’impact sur les données personnelles comme d’impact environnemental, sociétal, etc… On voit facilement le grand méchant en armure noire avec une cape et une respiration inquiétante. Le problème c’est que pointer une cause visible et identifiable ne résout pas le problème, c’est agir contre ce « système » à notre niveau qui aura un impact.

Les actes de chacun ?

Je ne suis pas foncièrement engagé dans les causes de notre temps, cependant, je me pose de plus en plus la question de ce que mes actes apportent à la communauté. Mes actes en tant que webmaker et en tant qu’humain sont-ils en train d’apporter du bien, ou contribuent-ils inconsciemment au joli déclin de notre propre espèce ? Que faire alors en tant qu’individu ? Les souvenirs de la conférence d’Aral nous donnent des solutions pour agir à notre niveau, et commencer à s’éloigner de ce modèle de société.

Le message derrière la programmation ?

Pour ceux qui se poseraient encore la question : la programmation de ces deux conférences aux antipodes en ouverture et fermetures était voulue (information confirmée par un membre du comité éditorial).

On peut se dire que l’objectif était de présenter objectivement deux visions différentes de notre société, mais est-ce vraiment le cas ? Après ces derniers éléments de réflexion, j’ai plus l’impression que la prise de conscience post conférence d’Ali Baba était voulue. Il y a des conférences qui alertent et expliquent nos responsabilités éthiques et morales en tant que webmakers. Ce qui est moins commun, c’est de nous faire réaliser ces responsabilités sans réellement les citer, les démontrer ou les expliciter : l’ascenseur émotionnel provoqué par les deux conférences s’en est bien occupé.

A parcourir :

https://twitter.com/aral

https://twitter.com/lauraphoduc

VOD de la conférence d’Aral : https://youtu.be/Ztji5I3zvPE